Entretien avec Mme Nozhra Grissi, intervenante sociale SALEMM à Tunis

Tunis. Grâce au projet SALEMM, 40 intervenants sociaux des organisations de la société civile et du gouvernement tunisien, ont été formés sur les thématiques de migration et sur l’importance d’informer et de sensibiliser les enfants et le jeunes Tunisiens sur les réalités et les risques de la migration irrégulière. Nous avons eu l’occasion d’interviewer Mme Grissi Nozhra, travailleuse sociale du Ministère des Affaires Sociales qui a été formée par le projet SALEMM.

Mme Grissi travaille en tant que travailleuse sociale du Ministère des Affaires Sociales depuis 18 ans.Elle est maintenant la chef de service du Centre de Défense et Intégration Sociale (CDIS) de Malassine et gère une équipe composée de : 6 assistants sociaux, 1 psychologue, 1 animateur d’application (animation infantile/débat), 1 éducatrice polyvalente des cas difficiles. D’après son expérience, Mme Grissi exprime que les difficultés majeures qu’elle rencontre dans le travail avec les jeunes de Mellasine sont liées à leur accompagnement dans leur projet de vie. « Pour encadrer les adolescents, il faut de l’expérience dans le domaine mais aussi de grands efforts personnels, des compétences techniques et une grande patience », dit-elle. Mme Grissi travaille avec les jeunes provenant des quartiers de Mellasine, de Sidi Hassine et de Cité El Heles : trois quartiers démunis et faisant état d’un haut taux d’échec scolaire et de chômage. Les jeunes qui viennent au CDIS ont normalement entre 13 et 22 ans. Il s’agit de jeunes qui ont abandonné l’école, qui sont en situation de rue ou en conflit avec la loi, ainsi que des jeunes qui viennent spontanément pour la recherche d’emploi. Le centre a aussi une unité de prévention pour les enfants entre 13 et 15 ans qui passent 10 mois au centre et suivent des cours. Mme Grissi affirme qu’après la révolution de 2011, elle a remarqué que la majorité des jeunes de la zone-cible du CDIS de Malassine ont développé le désir de migrer vers l’Europe : « ils ont perdu l’espoir et le but de la majorité d’entre eux est de partir, peu importe comment et avec quels moyens. »

L’introduction des thématiques liées à la migration dans le travail des intervenants sociaux au profit des enfants et des jeunes a été nécessaire et pertinent selon Mme Grissi. Le CDIS de Mellasine ne travaillait pas sur la question de la migration avant le projet SALEMM.
Grâce au Projet SALEMM et à la formation reçue, Mme Grissi a pu renforcer ses compétences à ce sujet ; elle a mis à jour ses connaissances et a appris les causes principales qui poussent les jeunes à migrer, aussi que les moyens qui existent en Tunisie pour migrer régulièrement.
Après le commencement du projet SALEMM, les activités du CDIS de Mellasine ont intégré la thématique de la migration dans leur programme et dans leurs activités, et notamment dans le:

  • Les workshops;
  • Les Tournois sportifs;
  • Les causeries de compétences de vie.

Les workshops sont des débats ou le jeunes et leurs parents (notamment leurs mères) sont invités pour discuter et partager des idées sur une thématique en question. Le Tournoi sportif est une technique traditionnelle du travail social qui prend en charge les jeunes dans une manière globale : il permet de recruter de nouveaux jeunes, conduire des animations sociales, et avoir des débats sur les thématiques choisies, comme pour le thème de la migration. Les causeries de compétences de vie sont des sessions de discussion qui visent à informer et sensibiliser les jeunes sur des thématiques sociales, sanitaires et professionnelles ; selon le quartier cible, ils se déroulent au centre,  dans les maisons de jeunes ou dans les complexes sportifs.

Grâce au projet SALEMM, le CDIS de Mellasine  a intensifié les activités de tournoi sportif, workshops et causeries de compétences de vie, il a travaillé avec les organisations de la société civile, comme l’ONG RTES qui a organisé l’activité « Manifestations Socio-Culturelles et Sportives aux Quartiers de Jayara Sidi Hassine et La Cité Helal Sedjoumi de la Banlieue de Tunis » qui a bénéficié plus de 60 jeunes défavorisés et à risques de migration irrégulière.